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Keanys Shanley

La Borgne

Prostituée de l'Est, la Borgne est la mère de Daredjan et celle adoptive de Cassandre. Reconnue comme étant la folle de l'est, ses propos cryptiques ont fait sa réputation. Plus rarement connue sous le nom de Keanys, elle confectionne des potions sans jamais les vendre afin d'aider les personnes de l'est.

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Métempsychose

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Lignée Shanley

Lignée Shanley

« N'oublie jamais : l'inestimable ne reconnait pas la valeur de l'or. »


Commençons donc. Je dois encore t’apprendre des choses, tant que j’arrive à les communiquer.

 

La première chose que tu dois apprendre est essentielle : l’on ne peut réduire en cendres l’édifice qui n’a jamais été bâti. Chaque information, chaque chose, tout est comme une plante qui pousse. Regarde ! Ne sois pas trop prompte à parler. Ouvre les yeux et observe. Observe tout ce qui t’entoure. Ne rate aucune miette. J’en ai fait de même, quand j’étais trop jeune pour parler. L’on ne reconnait pas une plante dès la graine, parfois, il faut attendre les premières feuilles.

 

Certains tuteurs, comme les miens, voudront faire de ton esprit un cercle pour décorer les portes, une arche, une boîte. Dans ces boîtes, ils y mettront leurs poisons, leurs certitudes. Observe et écoute. Puis, prends tout ce qu’ils t’ont donné. La première étape est terminée, tu as attendu que la nature des hommes te donne tout ce dont tu as besoin. Il est temps de la façonner.

 

D’abord, il faudra une balance, pas celle de l’apôtre au milieu de la ville, encore que. Non, il t’en faudra une sensible, une douée de compréhension, de pouvoir et d’émotions. Ne t’en défais pas si vite ! Ne les écoute pas, eux qui te disent que l’alchimie est froide et mécanique, ce seront les mêmes à te dire que la magie est émotion. Ils feront tout pour te convaincre que la seconde vaut mieux que la première, car plus humaine. Ils n’auraient pas tort, l’émotion est d’humanité, les dieux eux-mêmes en sont dépourvus. Ne geins pas, Daredjan. Reste attentive. Prends ta plus belle balance, dépouille là de ses fioritures, rien ne doit entraver son objectif premier. Trouver les équilibres, découvrir les doses, compter les informations reçues. Il t’en faudra une à chaque étape de ton existence.

 

La mienne a longtemps été ma sœur, une femme qui est morte à mes yeux. J’ai dû la tuer dans mon esprit, laisser survivre la femme, pas sa représentation. Mais j’en ai pris, du temps, avant de mettre mon cœur et ses actes sur la balance. J’ai d’abord cru que tout avait la valeur de son poids. Jusqu’au moment où j’ai reçu moi-même un carnet. Le livre de notre ancêtre. C’est pour elle que je t’ai nommée ainsi. Daredjan. J’ai mis tous les noms sur la balance et aucun n’a perçu l’équilibre tel que je l’ai perçu, la perfection.

 

Ainsi a débuté ma vie, contrairement à toi, je n’ai pas eu de mes conseils. Alors j’ai goulument avalé leurs poisons. Tu n’en feras pas de même ! La dose fait le poison, chaque jour un petit poison. Tu pèseras tout. Et ensuite, vient le moment de mettre à l’épreuve leurs poisons.

 

Un mortier, un creuset. Voilà tout. Toutes les idées ne seront pas à employer ainsi, mais, comme une grande partie des ingrédients, il faut mettre leur forme à l’épreuve de la force. Je me perds déjà en détails insignifiants, mais écoute ! Prends tout, tu trieras. La qualité de chaque chose se jauge à sa nature : les métaux. L’on ne broie pas un métal. Non ! Sauf à de très rares exceptions. On ne le broie pas. Là, il faudra d’autres choses. Mais tu l’as pesé et reconnu. Ils sont denses, ils sont lourds et épais. Les pierres précieuses… Regarde-les ces nobles trop sots pour savoir quels trésors ils arborent autour du cou. Parfois, il te faudra les broyer. Oui ! Les broyer ! L’unique moyen de tirer la valeur de ces gens qui s’étouffent du métal qu’ils collectent. Ecoute-moi ! Ne me regarde pas avec ces grands yeux. Le diamant n’est pas si différent du charbon – tu n’écriras qu’au fusain, si un jour tu arrives à écrire. Il faut les réduire en poussière, tous. Les nobles aussi, mais d’abord, les pierres. Ah, voilà qui t’amuse. Ne te connais-je pas ? Et après la poussière : les sels, celui de la mer que tu apprendras à prélever, l’alun, le vitriol, tous les sels. C’est ce qui demeure quand tout le reste s’évapore. Fais-en de même avec les gens, laisse-les briller, reste dans la pénombre.

 

Regarde dès qu’ils ont fini de briller, quand ils auront éteint tout ce qui les protège ou les armure. Regarde leur sel.

 

Il te décevra. Ils m’ont tous déçue ! Mais je les ai crus trop longtemps d’un meilleur sel que le mien… Non, je te mens. Ils ne m’ont pas tous déçus. Quatre. Un cinquième apparaît, je crois que c’est ma fin qui se profile. Mais quatre. Il y en a eu quatre à ne pas me décevoir. Quatre est un nombre essentiel. Tu veux savoir lesquels ? Ah ! Il y a l’état… Quoi ? Les gens ?

 

 

D’accord. Très bien ! Faisons un jeu. Je vais les glisser dans notre discussion. Tu trouveras lesquels ils sont. Je te donne un indice, ma sœur que j’ai toujours crue être faite d’or… Ne me regarde pas ainsi ! L’avarice dans tes yeux n’est certainement pas à la hauteur de la véritable valeur de l’or. Je ne t’en veux pas, je n’étais pas si différente. Si je l’avais été, tu aurais été plus heureuse. Si je l’avais été, tu n’aurais jamais vu le jour. Elle n’était en fait que de la pyrite, ahah. Oui, ce que les fous prennent pour l’or.

 

Revenons-en à nos affaires. Après avoir tout pesé, tout broyé ou fondu, tu ne fais que débuter. Il te faut distiller, fermenter, dissoudre. La triplette du parfait petit herboriste. J’ai fermenté des années, des années enfermées dans un laboratoire jusqu’à m’en dissoudre, s’il n’y avait pas eu, dans les vapeurs de mon obstination, une froideur pour me liquéfier.

 

C’est la première personne, la première à ne pas m’avoir déçue. Elle était une glace solide et froide. L’un des quatre états de la matière, apprends-les par cœur. Connais-les sur le bout des doigts. Elle était solide… Quoi, je n’étais pas censée te le dire ? Tu devais deviner ? Ah. Je n’y pensais plus. Ça t’intéresse toujours ? Alors tais-toi, tu ne peux pas écouter si tu parles !

 

Elle se nommait Anna. Elle était un peu plus âgée que moi, oui ! Mais si différente que chaque année qui nous séparait comme les chiens ou la vie dans l’est en valait sept. Moi ? J’étais jeune, si jeune. Physiquement je ne sais plus très bien, je devais avoir… Huit ans ? Moins ? Anna. C’est étrange comme je me souviens d’elle. Elle a laissé son empreinte dans mon esprit. Aujourd’hui, ce n’est qu’une chose, un pantin dans les doigts de ceux qui ont à l’esprit que l’or peut tout acheter.

 

C’est pour ça. Jamais !  L’inestimable ne reconnait pas la valeur de l’or. Le jour où tu vendras tes potions sera celui où tu prostitueras ton esprit comme ton corps.

 

J’ai voulu l’aider, d’abord. Mais je n’étais qu’une enfant, un bambin, un nourrisson qui ne vivait qu’au travers de la vitre sale d’un bureau. Je l’occulterai, plus tard, le soleil altère les choses, c’est qu’il a été corrompu par cette chienne de Danava. Moi. Moi je ne pesais rien, je me dissolvais dans tout ce qu’ils attendaient de moi. Elle a refroidi mes vapeurs et pour la première fois, a révélé l’essentiel dans mon esprit.

 

C’était une personne dépourvue de sa personne, une machine qui marchait et empruntait à qui le voulait émotions, sentiments, expérience. De sa balance déréglée, elle a souffert l’ennui que je me croyais devoir d’ignorer. Pour la première fois, je n’étais plus la fille de mon père et de ma mère, la sœur de mon frère, la moitié infirme de ma sœur. J’étais elle. Elle était moi. Et cette pauvre fille souffrait d’être victime des douze apôtres par l’une de leurs plus viles et secrète action. Ils l’ont profanée de sa naissance pour en faire cette machine, ils ont tout fait pour la dépouiller de son humanité et ce faisant… Ont échoué.

 

Je l’ai emmenée dans mon bureau aux fenêtres occultées, si bien cachée dans l’ignorance de mes pairs, que personne ne nous a vues. Elle ne m’a jamais déçue. C’est moi qui l’ai fait. J’ai voulu la soigner de son mal. Je n’ai pas été assez douée pour le faire, pas assez vive pour aider le corail qu’elle était à ne pas blanchir.

 

 

Que disais-je déjà ? Oui, tout avait été broyé. Il faudra parfois rendre le solide à nouveau liquide. Certaines choses se mélangeront avec l’eau, d’autres avec des corps gras comme l’huile. L’huile et l’eau ne se mélangent pas et chacune révèle des parts très différentes de…

 

 

Qu’est-ce que tu dis ? Qui est la deuxième ? Ça me fatigue d’en parler. Je préfère les leçons. C’est plus important pour toi que de connaître les histoires d’une femme morte. Ce n’est pas ma mère ou mon père, oui, oui, ils sont morts. Ne t’en soucie pas ! Tu parles d’une vie morte il y a dix ans ! Si tu veux savoir, ne demande plus s’ils sont en vie, ils sont tous morts. Tous ! Comme Gathol l’année de ta naissance a péri sous le poison.

 

Du fond de mon bureau, avec mon étude, j’ai fini par être détectée. Mon esprit commençait à vieillir, rattraper l’âge de mon corps, à mesure que je prenais conscience de l’existence telle qu’elle était véritablement. Je sortais, parfois, j’arrêtais de travailler. Je commençais à aller récolter moi-même les ingrédients puisqu’en l’absence de résultats satisfaisants l’on exigeait de moi des bassesses d’or. S’ils n’avaient pas accompli ce premier déséquilibre dans ma balance, encore une fois, tout aurait été différent. Tu apprendras qu’il existe des races en ce monde qui nous ressemblent, d’autres nous diffèrent et une multitude d’autres subtilités qui sont enrichissantes. Ne sois pas prompte à juger l’allure, les plus fourbes sont les hommes qui nous ressemblent.

 

Estel est la deuxième, de saule conçue. Je me perdais dans les falaises en quête d’ingrédients. Là, je rencontrais des gens. D’abord effrayée, je me cachais d’eux. Ils me terrifiaient de ce que ma sœur me rappelait, de mon inaptitude aux gens, et de ce qu’Anna me racontait. Alors je me cachais. Jusqu’à tomber sur la Saule de mon existence. Je pensais récolter des baies, moi, si brillante, avait pris assez de baies pour tuer de mon propre chef la moitié de la ville. Ah ! Voilà qui aurait fait de moi un véritable général de rébellion avant l’heure. Elle me conseilla. C’était une hybride, bien plus âgée que moi. L’avantage que j’eus à croire que le monde entier me méprisait fut qu’elle soit la Saule et pas un quelconque individu qui profiterait des naïvetés des personnes telles que je l’étais. Elle se contenta de me transmettre bien des informations, Estel. Elle m’apprit les plantes, me confia ce que, plus tard, le journal confirmerait. L’expression de la vie, et de l’existence se traduisait par des organismes singulièrement différents. Chaque propriété d’une plante, d’une pierre, ou d’un quelconque matériau pouvait s’influencer, se sélectionner et s’affiner pour devenir de plus en plus puissants. Certains sélectionnent les plus gros porcs pour la reproduction afin d’obtenir de toujours plus grosses bêtes, les nobles et mages enrichissent leur lignée pour grossir orgueil et pouvoir.

 

Elle faisait partie des seconds, je décidai de ne pas lui en tenir rigueur. Vois-tu, j’étais trop jeune pour comprendre le poison que deviendraient les mages. Je voulais les aider. C’est elle qui m’aida à comprendre le vivant. Elle ne me déçut jamais. Elle alluma le foyer de mon alambique que je n’éteignis que le jour de ta naissance. C’était un foyer trop brûlant pour un nourrisson frileux dans ton genre, tu claquais des dents nuit et jour, qu’importaient les feux que la Grosse Mère apportait – oui elle ! Crois-moi bien qu’elle m’a aidée à t’accoucher, ce ne fut pas une mince affaire. Une petite chose si maigre et rachitique dont les os saillirent mes organes. Tu me griffais. Ne me regarde pas ainsi, tu n’as pas à t’en vouloir, je ne t’en veux pas. Au contraire. J’en ai fait des sacrifices, dans mon existence, que nul si ce n’est moi m’a demandé ; c’est ainsi que l’on reconnait un bon sacrifice. Tu ne les connaîtras jamais de ma bouche, ceux que j’ai faits pour toi, jamais. Parce qu’ils n’en ont pas été. Ils ont été aussi naturels que l’eau va de l’amont à l’aval, que les flammes les plus chaudes ne sont jamais oranges, l’on ne reçoit rien d’un sacrifice. Je t’ai reçue, toi. Une minuscule chose, née trop tôt, à cause de moi. Si petite, entre mes bras épuisés. Tu n’as jamais été une œuvre, ni un chef d’œuvre. Ta naissance libre, loin des chaînes que l’on tenta de m’imposer ou à autrui, a été le seul cadeau des douze apôtres que j’ai chéri.

 

La troisième personne est Daredjan. La première. Elle était ma grand-mère ou mon arrière-grand-mère morte des années avant ma naissance. Une personne brillante, bien plus que moi. Elle était une femme formidable qui décrivit le long de son carnet comment peu à peu conditionner l’esprit. Je m’en abreuvais, nuit et jour, dès que je ne travaillais pas à mes projets. Celui de libérer un être de la magie. Quoi ? Ne me regarde pas ainsi, les mages sont les victimes d’un terrible mal qui mérite d’être purifié. Elle ne me déçut pas. Elle refaçonna mot après mot et sans aucune magie ma psychée.

Chaque mot colmatait les failles, réarrangeait mon esprit, reconcevait tout ce que j’étais pour devenir un être bien plus abouti. Elle me parla des apôtres, des dieux et du monde.

Le monde n’est qu’une bête assoiffée du pouvoir, d’abord des immortels, puis des dieux, des hommes et même de l’or. Ils ont tout corrompu :


L’artisan ne met qu’une moitié de cœur dans l’ouvrage, comme s’il séparait la création du juste, refourguant cette moitié encombrante à l’épée qui n’a pas été dégainée mais la bouche grande ouverte, menace la santé mentale de la guerre dont nul voudrait survie, elle qui a tué tous les petits-enfants de la justice.


Et la morte qui trône haut dans le ciel, enfantant dans ses eaux une nouvelle vision du pouvoir dorée, surtout sur l’île aux sables où périssent sous son courroux les assoiffés, car tous répudient que l’un d’entre eux eut agité le spectre de ses grandes victoires. Le vent, supposé être un mystère impossible à saisir, a fait de lui sa négation, le repos pour plus grand ennemi des hommes, quand le vin qui les empoisonne serait son plus grand allié.

Douze apôtres aux pouvoirs invincibles qu’il convient de vénérer ou de craindre, douze apôtres qui créèrent les démons pour occuper les hommes avec leurs jeux et leur sang.

Chaque procédé alchimique s’est corrompu à leur contact, les quatre origines : vent pour l’esprit devient connaissance, feu pour la volonté devient haine, eau pour les intuitions devient vérité, et la terre pour la stabilité meurt.


Toute leur guerre du bien contre du mal n’est qu’une bataille. La véritable guerre a commencé bien avant l’ère démoniaque, bien avant les sarousans, bien avant tout ce que nous avons oublié, et de toutes leurs occupations, les dieux craignent plus que tout que nous leur échappions à notre mort, que nous fuyions leur influence et renaissions sans magie, envers ni royaume de Vanilius. Chaque poussière, chaque chose existe depuis la nuit des temps, nos corps et nos esprits qu’ils reforment à leur image.

Une image médiocre à laquelle nous survivrons, si nous désirons emporter la véritable guerre qui se joue. Celle de la volonté contre le pouvoir.


Je me laissai manipuler par ma sœur qui me confia que ces porcs de nobles militaires attendaient de mes potions des réponses à leurs interrogations. Des affaires de noblesse dont je ne souciais pas. J’avais dix-sept ans physiquement et mon esprit continuai de grandir. J’aurais aimé te dire que j’étais la dernière qui ne me déçut jamais. J’aurais sincèrement aimé. Je ne le puis. Je ne suis qu’une grande déception à mes propres yeux, et ma plus grande réussite deviendra un jour un poison qui brisera le lien que je chéris le plus. C’est un homme, le quatrième. Le solide d’Anna, le liquide d’Estel, les vapeurs de Daredjan… Et lui, était l’igné. Nous devînmes amis. Il est mort aussi. Il ne reviendra jamais plus, il a quitté ces terres inhospitalières pour quelqu’un d’aussi formidable que lui. Si la Dilia existe, alors il tuera les apôtres.


Il m’apprit quelque chose que je tâtonnais déjà. Apprends à te tromper et fais-le souvent. Trompe-toi sur la dose qui fait le poison, trompe-toi sur les transformations, hâte-toi de te tromper c’est là que la vérité se cache. Trompe-toi tant que tu le peux. Culpabilise, hais-toi s’il le faut. Comme tous les autres, tu mérites à peine cette vie, si tu ne dormais pas, je te dirais en bien ou en mal. Mais tu ne la mérites pas. Ta famille te l’a arrachée, celle que tu méritais.



Ceci est un dernier mot. J’emporte avec moi mes derniers mots que je ne peux m’empêcher de t’écrire à toi et à ta sœur. Les deux flammes face aux ténèbres de cette existence. Je vous aime bien différemment l’une de l’autre, ce que tu as Daredjan ne ressemble en rien à ce que Cassandre a. Mais si tu es la chair de ma chair, elle est l’esprit du mien. Je me rappelle quand nous aidions les femmes à accoucher ou à avorter, celles de la retraite. Quand tu courrais dans la rue des ivrognes les poches pleines de quelques clous trouant les leurs.


Tu étais dépourvue du mal qui t’aurait à jamais brisée, qui t’aurait changée, tu étais plus libre que les esclaves des apôtres. Je sais que tu m’en veux, d’avoir pris cette décision. Si c’était à refaire, je ne changerai rien. Je ne prétends pas mieux savoir que toi ce qui est bon, je sais que chaque relation aurait été marquée de la souillure de ce mal.


Je préfère que tu m’en veuilles, je préfère avoir tort que t’imaginer un instant à sa place. Il est temps de tirer un trait sur le passé pour toi, il est temps de dire adieu à tes anciennes amitiés, à tout ce que tu as connu quand tu buvais chacun de mes mots et tous ceux qui t’entouraient. Quand désespérément tu cherchais ce que je ne pouvais t’apporter, tu réussiras où j’ai échoué, j’en suis certaine.


Tu as dans ton sang ce que j’ai dans mon esprit, la réponse à toutes leurs questions. Une réponse qu’il ne nous faudra jamais dévoiler. Je pensais aider, je n’avais que vingt-trois ans d’existence. Donc seize passées à mon alambic. Je ne savais rien de rien. Je refusais de savoir. Tu n’en as jamais eu le loisir, je porte ce tort mais ne le regrette pas.


Ils auraient forcé dans la gorge de ces deux femmes dont tu m’as parlé ton sang jusqu’à détruire les piliers sur lesquelles elles se sont bâties, et même si elles te le pardonnaient, toi, tu ne le ferais pas. Ne commets pas l’erreur de croire quiconque qui te parlerait de cela. Crois-moi. Crois-moi au moins cette dernière fois.


Cassandre et moi avons passé de longues années que je te raconterai bien, nous avons travaillé ensemble pour faire de l’est un lieu moins désagréable. Un lieu meilleur. Nous avons tâché de nous entraider, nous serrer les coudes, et parfois quelques gorges.

Elle n’a jamais voulu toucher à l’alchimie. Elle fera de son mieux et mourra assassinée par les soldats. Elle le sait. Tu le sauras bientôt. Tu espères la confiance et la dignité de leur part comme je l’ai priée de ma propre sœur. Ne la crois jamais. Ses mots sont un poison dont seule la mort guérit.


J’emporte avec moi la plus grande menace à vos égards, mais il a prévu d’autres solutions et ma sœur demeure. Tu ne pourras jamais te soigner des poisons que j’ai bu, mais tu peux te soigner de ceux que je t’ai fait boire. N’échoue pas. Ne cède pas à la magie pour accomplir quoique ce soit. Ne cède ni aux dieux, ni aux hommes.


C’est une larme de ce qui a toujours ressenti et qui se découvre l’appétit de la violence, à cet instant précis où l’horreur prend place. C’est la dernière larme sincère quand l’esprit se parasite du mal.


Il n’y aura pas d’adieux. Tu ne me liras jamais. Je suis lasse des poisons que j’ai distillé toutes ces années. J’emporte avec moi le collier d’or que j’ai cru haïr, et les regrets de nos retrouvailles.



État civil

Âge : Décédée à 62 ans
Date de naissance : 12 kitisbé 1194
Date de décès : 11 traniria 1257

Taille : 171 cm

Métier : Alchimiste renégate

Musique thème

Signe astrologique : Renard

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Keanys Shanley

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